

Madagascar
une terre, des peuples
Ces multiples
racines se retrouvent dans les différentes ethnies qui composent la
population malgache. Et bien qu'un métissage ait suivi chaque vague
d'immigration, l'influence indonésienne est encore aujourd'hui perceptible
dans l'est du pays et les montagnes alors que l'ouest est majoritairement
africain.
On distingue 18 tribus (groupes ethniques). Les trois plus grandes - les Mérinas,
les Betsimisarakas et les betsiléos représentent à elles
seules 53% de la population. Ni les colons, ni les missionnaires britanniques
n'auront réussi à mettre fin au conflit séculaire qui
opposent les différentes ethnies. Les Mérinas des hauts plateaux
du centre, anciens maîtres du pays, sont brouillés avec les côtiers
depuis le 19ème siècle. Ce conflit encore d'actualité
aujourd'hui
(Anatrova en ruine ?) est préjudiciable à l'industrie du tourisme.
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Conquête
européenne de l'île
En 1500,
Diogo Dias, navigateur portugais en route vers les Indes, fut le premier Européen
à approcher les côtes de Madagascar. Les portugais furent donc
les premiers européens qui accostèrent en 1506 ; ni eux ni les
hollondais ne réussissent à l'occuper. Au cours du XVIIe siècle,
les Européens qui avaient ouvert en Inde des comptoirs à épices
tentèrent de s'établir sur les côtes malgaches. Quelques
comptoirs portugais furent fondés sur le littoral nord-ouest, concurrençant
le commerce arabe. Les Français s'installèrent à la pointe
méridionale de l'île en 1642 où ils créèrent
le port de Fort-Dauphin. Louis XIV, afin de prendre de vitesse les Anglais,
proclama la souveraineté française sur le territoire malgache,
baptisé île Dauphine. La résistance armée des populations
locales contraignit cependant les Français à évacuer
Fort-Dauphin pour l'île Bourbon (actuelle Réunion) en 1674. Au
XVIIIe siècle, alors que pirates anglais et français utilisaient
l'île comme base pour leurs expéditions dans l'océan Indien,
une nouvelle tentative de colonisation fut menée. Quelques comptoirs
commerciaux s'implantèrent sur la côte est. Mais depuis le XVIIe
siècle, les communautés s'étaient structurées
en entités politiques. Sur le plateau central, les Merinas avaient
formé un royaume puissant?; sur la côte ouest, les Sakalav, qui
avaient acquis la maîtrise de la métallurgie du fer, avaient
entrepris d'unifier sous leur domination les communautés d'éleveurs
de zébus. La puissance sakalava fut cependant minée par les
querelles de succession et buta sur l'opposition des Merinas des Hautes Terres,
auxquels les Sakalav durent finalement se soumettre. Seule subsista une principauté
qui allait résister par la suite à la colonisation française.
L'unificateur du royaume merina, et de Madagascar, fut Andrianampoinimerina
Il soumit les Betsileo et les Sihanaka des Hautes Terres et organisa son royaume
en fokolona, unités sociopolitiques constituées à partir
des structures traditionnelles. Son fils et successeur, Radama Ier, céda
aux sollicitations des Britanniques, installés sur l'île Maurice
et inquiets de voir la France prendre pied sur Madagascar. Des officiers britanniques
entraînèrent les troupes merinas; les missionnaires britanniques
fondèrent des écoles et introduisirent le protestantisme. Doté
d'armes modernes et forts de l'appui anglais, Radama poursuivit l'unification
entreprise par son père. À sa mort, une forte réaction
contre la culture européenne commença à naître;
elle serait désormais une constante dans la politique du pays.
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Colonisation
Son
épouse Ranavalona Ire lui succéda en 1828. Elle mit fin à
la politique de réformes menées par RadamaIer, les missionnaires
furent persécutés et les traités avec le Royaume-Uni
dénoncés. Les Français en profitèrent pour revenir
dans l'île : le palais de la reine, le Rova de Manjakamiadana, à
Antananarivo, fut bâti à l'initiative du négociant Jean
Laborde. La rivalité franco-britannique gagna en intensité en
1856, date du retour des Britanniques sur l'île. Les Français,
accusés de complot contre la reine, furent expulsés - ainsi
que les autres étrangers. Leur absence fut brève; Radama II,
monté sur le trône en 1862, fut assassiné l'année
suivante pour avoir encouragé leur implantation. Le pouvoir échut
alors au Premier ministre Rainilarivony qui épousa les trois reines
successives du pays : Rasoherina,Ranavalona II et Ranavalona III. Il réorganisa
le pays mais ne put résister à la pression de la France qui
s'était fait attribuer Madagascar au congrès de Berlin en 1885.
Elle avait donné en contrepartie toute liberté sur Zanzibar
à la Grande-Bretagne. L'unité du pays fut achevée contre
la France. Pourtant, en 1895, une expédition militaire française
lancée contre Antananarivo vint à bout de la résistance
de la reine Ranavalona III, qui se soumit avant de s'exiler deux ans plus
tard à la Réunion puis à Alger. La monarchie et la féodalité
furent abolies, l'esclavage interdit. Un système de corvées
s'y substitua, qui fut à son tour supprimé en 1901 pour être
remplacé par l'impôt.
En 1896,
Madagascar était intégrée à l'empire colonial
français. La résistance anticoloniale se poursuivit, conduite
par une société secrète, la Vy, Vato, Sakelika (fer,
pierre, ramification), qui fut démantelée en 1916 mais demeura
une référence dans la conscience nationale. Les Hautes Terres,
favorisées par la douceur du climat, devinrent une colonie de peuplement
tandis que Diégo-Suarez, dans le Nord, devint la plus importante base
navale française de la région, protégeant la route de
l'Indochine. En mai 1942, deux ans après la débâcle française
face à l'armée allemande, les Britanniques, craignant que le
Japon ne s'emparât de Madagascar - alors aux mains du gouvernement de
Vichy - envoya dans l'île un corps expéditionnaire. En 1943,
ils remirent le contrôle de l'île au gouvernement de la France
libre.
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Vers
l'indépendance
La
période d'après-guerre fut marquée par la reprise de
l'agitation nationaliste. En 1946, Madagascar obtint le statut de territoire
français d'outre-mer et fut dotée d'une assemblée provinciale
élue, aux pouvoirs limités. En mars 1947, les nationalistes
organisèrent un soulèvement armé dans la région
orientale. La rébellion ne fut réduite qu'au mois d'août,
dans le sang. Le gouvernement colonial multiplia dès lors les efforts
pour améliorer l'économie, développant le réseau
routier et exploitant plus méthodiquement les gisements de charbon.
Toutes les tentatives de réformes politiques se brisèrent en
revanche sur les intérêts coloniaux.
Durant
les années 1950, l'autonomie de l'île fut renforcée. En
1958, la Constitution de la Ve République française fut approuvée
par 78 p. 100 de l'électorat malgache et Madagascar devint une république
semi-autonome dans le cadre de la Communauté française. Philibert
Tsiranana, chef du Parti social démocrate, en devint le président.
Le pays accéda à l'indépendance le 26 juin 1960 tout
en conservant des relations privilégiées avec la France. En
septembre, il fut admis au sein de l'Organisation des Nations unies. Il intégra
ensuite l'Organisation de l'unité africaine.
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Un
régime instable et difficile à mettre en place
Après
une décennie de stabilité politique, l'île fut ébranlée
par de graves troubles politiques et sociaux, révélant l'usure
du pouvoir. Tsiranana fut néanmoins réélu pour la seconde
fois en janvier 1972. Au printemps de la même année, une grève
estudiantine se transforma en grève générale. Le gouvernement
donna l'ordre de tirer sur les manifestants. Tsiranana fut contraint de laisser
le pouvoir au chef de l'état-major, le général Gabriel
Ramanantsoa. Celui-ci lança une révolution visant à la
"?malgachisation?" des moyens de production et de la société.
En février 1975, le colonel Ratsimandrava le remplaça?; il fut
assassiné six jours après avoir pris ses fonctions. En juin,
un Conseil suprême de la révolution (CSR), présidé
par le capitaine de frégate Didier Ratsiraka, prit le pouvoir. Le 30
décembre, le pays devint la République démocratique de
Madagascar et le 4 juillet 1976, Ratsiraka accéda à la présidence
pour sept ans. Le gouvernement révolutionnaire engagea une politique
d'étatisation de l'économie et se rapprocha du bloc communiste,
rompant avec la position modérée que le pays avait toujours
adoptée dans les instances internationales.
La fin
de la décennie fut marquée par de graves difficultés
économiques qui relancèrent la contestation?; le gouvernement
réagit par des arrestations et décréta à plusieurs
reprises l'état d'urgence, prétextant des complots (1977, 1980,
1982). Réélu sans opposition en novembre 1982 et en mars 1989,
Ratsiraka prévint une nouvelle tentative de coup d'État en mai
1990. L'année suivante, après une série de grèves
générales et de manifestations massives dans les rues de la
capitale - violemment réprimées par les forces de l'ordre, le
président malgache amorça une démocratisation du régime.
La démocratisation demeure fragile, comme en témoigne le retour
à un régime présidentiel fort, entériné
par un référendum en septembre 1995. La tâche des nouvelles
autorités civiles est rendue plus difficile par la situation économique,
laquelle a nourri le conflit entre le président Zafy, son Premier ministre
et les institutions de Bretton-Woods (Banque mondiale et Fonds monétaire
international). La popularité des dirigeants malgaches a été
entamée par des affaires financières, liées au "?financement
parallèle?" de la dette. En 1996, la destruction, par un incendie,
du palais de la reine à Antananarivo - symbole national - a relancé
l'agitation politique.
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